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Danse classique
Historique
du Moyen-Age au 19ème siècle
L'évolution des danse se fait parallèlement à celle de la civilisation.
Le seigneur, s'étant mêlé au peuple, prend goût aux rondes et aux danses collectives; le peuple, lui, imite la danse de couple dansée dans les châteaux.
D'abord simple intermède lors des grands festins donnés par les cours médiévales (au même titre que la présence de chanteurs, acrobates, jongleurs ou encore montreurs d'ours), la danse prend peu à peu une tournure théâtrale.
Les monarques voulant avoir la cour la plus prestigieuse, rivalisent avec les autres en invitant poètes, peintres, musiciens; mais également des professeurs de danse. Ils se donnent en spectacle et tentent de se montrer le plus élégants possible.
Le BALLET DE COUR est presque né mais il lui manque encore une intrigue dramatique et cohérente sans laquelle il reste un simple divertissement.
Après une longue gestation commencée dès la fin du Moyen-Age, en France et en Italie essentiellement, les intermèdes s'étoffent : acteurs, musiciens, danseurs, costumes et décors (des effets de machines et de chars aux formes étranges).
Petit à petit le ballet prend forme, soutenu par les monarques et la cour.
Le modèle italien
Pendant le 14e et la première moitié du 15e siècle, les malheurs publics s'imposent en France.
L'Italie connaît sa renaissance; elle réinterprète l'idéologie de PLATON (pratiquer un art qui vise à atteindre la Bauté, c'est également viser à atteindre le Bien). L'Europe entière écoute la leçon.
L'attrait des Français pour l'Italie n'a jamais été aussi grand.
La danse savante
La danse "mesurée" va devenir danse "savante".
Pour pratiquer cette dernière, il faudra connaître la mesure mais également les pas.
Le professionnalisme exigera dès lors des danseurs de métier et des maîtres à danser.
On prend conscience des possibilités d'expression esthétique du corps et de l'utilité de règles pour les exploiter. Le niveau technique va désormais se réhausser.
Les premiers
BALLERINI professionnels
Au XVIe siècle apparaissent les premiers ballerini professionnels qui vont codifier leur art dans divers ouvrages. Les positions du corps s'y précisent, les pas se multiplient (on y retrouve par exemple pas simples, doubles, courus, frappés, tours, sauts, révérence ...).
L'évolution se poursuit, la technicité est de plus en plus exigeante. Qu'il soit chorégraphe, interprète ou professeur, le danseur professionnel est très recherché.
Cesare NEGRI (av. 1536 - apr. 1604)
marquera la seconde partie du XVIe siècle. Danseur, théoricien et maître à danser italien, il forme de nombreux élèves qui se dispersent dans toutes les cours d'Europe.
Il écrit un célèbre traité, Le Grazie d'amore, et organise les fêtes les plus grandioses de l'époque. On trouve dans son traité : une combinaison de "cinq pas" - différents types de pirouettes (sur un pied, sautée) - différents sauts comme la cabriole ou encore l'entrechat 6.
Il recommande déjà aux "écoliers" de s'appuyer sur une table ou une chaise pour tenir le corps "ferme et droit" et s'exercer aux sauts.
Fabritio CAROSO (av. 1577 - apr. 1605)
danseur, compositeur, théoricien et maître à danser italien, est engagé par les grandes familles romaines pour enseigner la danse.
Il détaille, dans Il Ballarino, 54 règles techniques qui sont à l'origine des pas de la danse classique (usage du relevé, battement frappé, jeté, pirouette, ... et son intrecciato (francisé en "entrechat").
Dans la seconde partie du traité, il présente ses propres chorégraphies et celles d'autres maîtres.
Les danses de cour
- Basses danses
danse de bal, exécutée par un couple (selon une mesure à six pulsation), lente et majestueuse, représentative de la danse terre à terre.
Le cavalier tient sa partenaire par le petit doigt.
On y trouve : le branle, la gavotte, la carole, le gay (dansé par le jeune marié), ...
- Hautes danses
on dit aussi "danse par en haut", qui sont généralement sautées.
On y trouve : la gaillarde, la volte, la chaconne, la sarabande, la passacaille, le passepied, ...
- Danses champêtres
on y trouve : le rigaudon, le tambourin, la musette (dansée au son de la musette, sorte de corne-muse), le bouffon (ou matassin qui se dansait avec des clochettes aux pieds), la canarie et surtout le menuet qui fut un immense succès lorsqu'il passa du bal champêtre au cérémonial de cour ...
Les ballets de cour
Ce genre de spectacle est né à la fin du 16e siècle à la cour de France. Il s'impose comme l'un des divertissements favoris et ce jusqu'au 17e siècle.
Le ballet de cour se compose :
d'une OUVERTURE : qui expose le sujet représenté;
de plusieurs ENTREES : de dix à trente entrées de un ou plusieurs quadrilles de danseurs vêtus uniformément. Les quadrilles sont eux-mêmes composées de 4, 6, 8 et même jusqu'à 12 danseurs.
ces entrées regroupées forment des actes dont le nombre ne dépasse généralement pas 5.
Pour finir par le GRAND BALLET (appelé aussi ballet général) : c'est la dernière entrée, tous les danseurs ayant dansé y sont réunis.
Les danseurs forment des carrés, des ronds, des formes géométriques inspirées du mouvements des sphèrent célestes.
Ces formes sont visibles grâce à la disposition des lieux. Les spectateurs ont une vision aérienne, ils entourent et surplombent la scène.
Le ballet comique de la rue
Baldassarino de Belgiojoso, devenu Balthasar de BEAUJOYEUX (av. 1535 - v. 1587), violoniste, maître à danser et créateur de ballets italien, s'intègre rapidement à la cour.
Il est chargé par Charles IX d'organiser les fêtes royales; c'est lui qui va ordonner le spectacle appelé à couronner le mariage, en 1581, de Margaret de Vaudémont (soeur de la reine de France Louise), avec le duc de Joyeuse (favori de Henri III).
Contrairement aux ballets italiens où la déclamation est dominante, son Ballet comique de la reine, est une véritablement fusion des quatre expressions : littéraire, musicale, picturale et chorégraphique. Beaujoyeux apporte un dimension poétique et fait du ballet de cour un théâtre total.
Ce ballet est considéré comme le premier grand ballet de cour.
Le Ballet comique de la reine, gravure du livret par Jacques Patin, également auteur des décors et des costumes
Les rois sur scène
Les rois et les princes n'hésitent pas à monter sur scène, devenant les héros de la fête.
Marie de Medicis ne fait plus d'économie sur les spectacles. Le ballet s'installe à la cour.
Louis XIII est l'auteur du Ballet de la merlaison dont il invente les pas, les airs et les habits. Il paraîtra dans des rôles très divers et brillera dans les grands rôles comiques des ballets de l'époque. Il danse dans la Délivrance de Renaud , les Fées de la Forêt de Saint-Germain , ...
La cour de Louis XIII était fort triste et les ballets que le duc de Nemours inventa pour l'égayer de très mauvais goût. Le climat des fêtes et divertissements devint de plus en plus sombre avec de temps à autres du burlesque extravagant.
Une chronique de l'époque révèle que "Louis XIII, qui n'a jamais appris les règles de la musique, ne dansait pas en mesure et ce qui animait le plus les musiciens, c'est que sa Majesté prenait plaisir à mêler sa voix avec les leurs, les redressant quelquefois sur les notes".
Le premier âge du ballet
Le ballet politique
Le principe de la monarchie absolue est discuté en France au 16e siècle. Tensions politiques et guerres se succèdent.
Les ballets vont alors servir de propagande monarchique.
Le style baroque
Le style baroque s'accompagne d'une nouvelle échelle des valeurs morales (ce qui compte c'est l'individu, ses ambitions, ses actions).
La danse tout comme la musique et la littérature, s'en inspirent, et ce, durant tout le 17e et la première moitié du 18e siècle.
La scène change
Apparition des scènes en pentes (6%) et d'une séparation entre spectateurs et danseurs.
Ce changement va faire de la scène un univers spécifique consacré à l'imagination.
Vers 1640 les scènes surélevées se généralisent, toute la perception du spectacle en sera changée.
Dès 1650, la danse se "verticalise" (horizontale jusqu'alors, elle se décrivait au sol), elle devient plus aérienne, la danse "d'élévation" est née.
Il n'est plus donné à tout le monde de pratiquer cette danse, la voie aux danseurs professionnels est ouverte.
Le ballet burlesque
Celui-ci fait partie du Ballet Baroque.
Son public va s'étendre; des représentations ont lieu dans les hôtels des nobles, dans les maisons des bourgeois et même des représentations pubiques en période de carnaval.
On y trouve des caricatures des métiers, des paisanteries grasses; on y montre des personnages exotiques, tous les moyens sont bons.
L'actualité ne sera pas épargnée.
Dans Don Quichotte de Cervantes, qui vient d'être traduit, Sancho Pança mène une troupe de nains diformes et Don Quichotte s'enfuit à la première menace.
Les tirades sont remplacées par des chants expressifs. Masques, costumes et récits sont chargés d'expliquer ce que le visage ne peut exprimer (les rôles de femmes sont également tenus par des hommes portant des masques de femme).
On distingue d'autres genres : le style héroïque (mythologie, épopées), le genre pastoral (nymphes et bergers) et le burlesque ou comique (qui s'accompagne donc de tous les thèmes).
Tout prétexte devient sujet de ballet.
Par exemple : Le Château de Bicêtre associe ballet, chant et déclamation. Un tas de mauvais esprits, fantômes, lutins, magiciens, hiboux, corneilles, animaux, bohémiens, pèlerins, rôdeurs, ... tout un monde qui crée une ambiance proche du rêve.
Le ballet est devenu le spectacle préféré de la cour.
Un ou plusieurs grands ballets ont lieu tous les ans et d'autres, plus modestes, en très grand nombre, traditionnellement en période de carnaval. "L'engouement pour danser est tel, parmi les courtisans, qu'il passe parfois avant les raisons d'Etat" (RICHELIEU).
Enfermé à la cour, le ballet se modèle sur le courtisan (de plus en plus raffiné, maniéré).
Au XVIIe siècle le ballet de cour est très coloré et varié. La référence au présent est fréquente, c'est même l'un des aspects les plus importants, c'est le miroir de la cour (vie quotidienne, intrigues du palais, ... ).
C'est également un moyen de célébrer les alliances entre les peuples, d'annoncer les mariages ou encore les naissances.
Le ballet des chevaux
Un ballet dont on parle peu et qui pourtant donna lieu à d'étonnantes géométries, est le ballet des chevaux. Cavaliers et chorégraphes tentent d'associer ballets et tournois, et l'on voit des chevaux danser.
Les animaux répétent leurs pas au son d'une viole et ce pendant plus ou moins trois mois.
De pareils spectacles ne peuvent se donner que sur de vastes places (rappelant les arènes des tournois de jadis).
Duels, poursuites, poèmes (déclamés par des figurants à pied !), incarnant les éléments ou quelque divinité, pour finir par l' abbatimento , le grand combat.
Avec l'ouverture des théâtres italiens et la vogue des opéras, le ballet des chevaux disparaît des cours d'Europe.
Les rois sur la scène
Les rois et les princes n'hésitent pas à monter sur scène devenant alors les héros de la fête.
Marie de Medicis ne fait plus d'économie sur les spectacles. Le ballet s'installe à la cour.
Louis XIII est l'auteur du Ballet de la merlaison dont il invente les pas, les airs et les habits. Il paraîtra dans des rôles très divers et brillera dans les grands rôles comiques des ballets de l'époque. Il danse dans la Délivrance de Renaud , les Fées de la Forêt de Saint-Germain , ...
La cour de Louis XIII était fort triste et les ballets que le duc de Nemours inventa pour l'égayer de très mauvais goût. Le climat des fêtes et divertissements devint de plus en plus sombre avec de temps à autres du burlesque extravagant.
Une chronique de l'époque révèle que "Louis XIII, qui n'a jamais appris les règles de la musique, ne dansait pas en mesure et ce qui animait le plus les musiciens, c'est que sa Majesté prenait plaisir à mêler sa voix avec les leurs, les redressant quelquefois sur les notes".
Le BALLET MELODRAMATIQUE sera à son tour détrôné par le simple BALLET DES ENTREES.
Les costumes et la machinerie y sont très compliqués et coûteux mais ces ballets sont plus simples quant à l'action et à la mise en scène.
Le ballet de cour est si apprécié qu'on l'introduit partout où l'on peut, à commencer par les opéras.
L'opéra italien et ses ballets
Après la mort de Louis XIII, c'est l'Italien Mazarin qui est nommé premier ministre. Il n'y a pas de ballets de cour notables à cette époque et Mazarin va favoriser la venue de l'Opéra qu'il a appris à aimer à Rome. Pour plaire au public français on ajoute des ballets aux oeuvres originales.
Cette fusion durera plus d'un siècle.
Le roi soleil
LOUIS XIV (1638 - 1715), roi de France, est non seulement monarque mais également excellent danseur. La danse fait partie intégrante de l'éducation des jeunes seigneurs (tout comme l'escrime et l'équitation). Dès l'âge de sept ans il travaille tous les jours d'abord avec Prévost puis Regnault. Svelte et gracieux, le roi montre de réelles dispositions, il perfectionnera sa technique avec Vertpré puis Beauchamp.
Il a à peine treize ans lorsqu'il fait ses débuts de danseurs dans le Ballet de Cassandre .
A quinze ans, il incarne le Soleil levant dans le Ballet de la nuit (1653), ce qui lui valu le surnom de Roi Soleil.
A seize ans il fait une prestation remarquée dans les Noces de Pélée et dans Thétis où il danse Apollon.
Il danse dans le Ballet du temps (1654).
Il sera successivement un Egyptien, un ivrogne et le génie de la danse dans le ballet des Plaisirs (1655).
Psyché (1656). Les Plaisirs troublés (1657). Alcidiane (1658). Le Ballet de la raillerie (1659). Le Ballet de l'impatience (1661), ...
Chaque année est marquée par de nouvelles créations.
On a associé son nom à l'"entrechat royal" qu'il exécutait à merveille.
Le rôle du roi Louis XIV est déterminant dans l'épanouissement de la BELLE DANSE qui va se répandre dans le royaume puis dans les cours européennes.
Les danseurs portent souvent des masques à l'effigie du dieu, de la nymphe ou du berger. Ils sont pourvus d'accessoires afin de les caractériser (par exemple : soufflets à la main et moulins à vent sur la tête pour suggérer les vents, ...).
Il ne s'agit pas de mime car le texte parlé et chanté raconte l'histoire. Sans devoir traduire d'expression puisque masqués, les danseurs peuvent se concentrer sur les poses ou les mouvements du corps.
Ils n'hésitent pas à se travestir et ce dés leur plus jeune âge (Louis XIV danse Cérès, la déesse de la fertilité dans Les Saisons ). Les grandes dames assurent une part des rôles féminins mais les comiques sont toujours tenus par des hommes masqués et vêtus d'une jupe mi-longue.
Les ballets de Louis XIV marquent le passage entre la culture baroque et la culture classique. Le menuet est la danse caractéristique de l'époque. Lully en a composé au moins cinquante pour Louis XIV qui le dansait à ravir.
En 1661 Louis XIV fonde l'Académie royale de danse (avant même de fonder l'Académie royale des inscriptions et belles-lettres (1663) et l'Académie royale des sciences (1666)).
Il charge treize maîtres à danser, des plus expérimentés, d'assurer le développement de cet art qui lui tient tant à coeur.
Parmi ceux-ci : Henri Prévost, professeur du roi; François Galland du Désert, professeur de la reine; Jean Renauld, celui du duc d'Orléans, son frère; et Guillaume Reynal, celui du Grand Dauphin.
Chacun a son professeur particulier attitré.
Les maîtres à danser manient aussi l'archet
Musicien comme Beaujoyeux, Jean-Baptiste LULLY (1632 - 1687) violoniste, compositeur, danseur bouffon et metteur en scène d'origine italienne, se vit remarqué par le roi. Son oeuvre restera un modèle pour plusieurs générations de compositeurs français.
Lully réussit à obtenir un monopole sur l'Opéra; "M Lully ne peut être comparé à personne puisqu'il est le seul dont on voit la musique en France" (Le Mercure galant).
Le ballet de cour atteint son apogée avec : Lully pour la partition et Beauchamp pour la chorégraphie (de Vigarini et Torelli pour les décors et les machines).
Le style s'ennoblit et s'affine, comme la vie de cour elle-même. Le public séduit ne s'intéresse plus qu'aux apparition de Louis XIV.
En 1685, âgé de quarante-sept ans, le Roi Soleil danse encore. Il figurait dans l'Eglogue de Versailles où Lully, toujours à ses côté, rattrapait quelque
maladresse de son souverain ou lui soufflait tout bas un pas oublié.
Pierre BEAUCHAMP , né à Versailles (1631 - 1705) et descendant d'une lignée d'artistes, il s'imposa très jeune à la cour en tant que musicien et danseur. Danseur, chorégraphe, pédagogue et maître à danser du roi, il est nommé surintendant des ballets du roi (en 1671).
Il compose désormais toutes les chorégraphies dont Lully écrit la musique.
On peut dire qu'il aura jeté les bases de la DANSE NOBLE.
Il met au point un système d'écriture de la danse (il codifie entre autres les positions des pieds).
Avec lui, l'exécution l'emporte sur la figure, et l'école française est désormais la première d'Europe.
On peut dire qu'il fut la plus grande figure de l'école chorégraphique du règne de Louis XIV.
En 1701, Beauchamp publiera une Chorégraphie de l'art d'écrire la danse par caractères, figures et signes démonstratifs (très vite traduit en allemand et en anglais) qui sera considéré comme l'un des plus importants ouvrages sur la technique de la danse au XVIIIe siècle.
Le langage chorégraphique ne changera plus, à Londres, New York ou Moscou, on parle , et ce encore aujourd'hui, français dans le ballet.
En 1661 Louis XIV est invité au château de Vaux-Le-Vicomte pour assister à la création des Fâcheux , de MOLIERE , ( Jean-Baptiste Poquelin , dit, 1622 - 1673); acteur, directeur de troupe et auteur dramatique français). Connaissant la passion du roi pour la danse, Molière imagine de joindre des divertissements dansés. C'est une réussite; le texte de Molière et la musique de Lully accompagnent et commentent la danse de Beauchamp à merveille.
Ainsi la COMEDIE-BALLET devient rapidement le spectacle préféré du roi.
Molière collabore avec Beauchamp et Lully (il crée, entre autres, le Bourgeois gentilhomme (1670) le Malade imaginaire (1673).
Il meurt en 1673 et la comédie-ballet, qu'il avait inventé, ne lui survivra pas.
Maurice Béjart lui rendra hommage dans le Molière imaginaire (1976).
La danse devient un métier
En 1669, Louis XIV fonde l'Académie royale de musique et en 1713, l'Ecole de danse de l'Opéra.
Durant ses dix premières années, le ballet de l'Opéra est exclusivement masculin. Il se propose de "choisir les meilleurs sujets et de leur apprendre gratuitement le métier".
La danse, au siècle de Louis XIV, devient enfin réservée aux professionnels (mais toujours masculins). Jusqu'alors les danseurs de cour étaient professeurs et chorégraphes tout autant qu'exécutants (et si l'on remonte encore dans le temps, le maître d'arme était également maître à danser).
On retiendra Louis-Guillaume PECOURT (1653 - 1729), danseur, chorégraphe et pédagogue français.
Probablement formé par Beauchamp, il débute à la cour puis danse pour l'Académie royale de musique où il devient soliste à partir de 1680. Pour Gherardi : "personne ne lui a jamais disputé le bon air, la vitesse de la jambe, la diversité des pas et la justesse de l'oreille". Il possède selon Rameau : "toutes les dispositions pour la belle danse".
Il compose cent vingt pièces (71 pour la scène et 49 pour le bal).
Chorégraphe inventif, il voit sa renommée s'accroître grâce à la publication de ses chorégraphies par :
Raoul Auger FEUILLET (1660 - 1710), maître à danser et chorégraphe français, est surtout célèbre pour sa notation du mouvement dans : Chorégraphie ou l'art de décrire la danse par caractères, figures et signes démonstratifs. Il y décrit certaines chorégraphies de L.G. Pécourt qu'il considère comme "le modèle des plus parfaits danseurs".
Il s'oppose à Beauchamp quant à la paternité de cette invention.
Pierre RAMEAU (1674 - 1748), maître à danser français, compose deux ouvrages didactiques importants pour l'étude de la belle danse : le Maître à danser (1967) où il explique en détail les pas contenus dans la Chorégraphie de Feuillet et L'Abrégé de la nouvelle méthode dans l'art d'écrire ou de tracer toute sortes de danse de ville (1725) outil précieux pour évaluer les changements survenus en un quart de siècle.

Le Maître à danser - Pierre Rameau (1725)
Thoinot ARBEAU (1519 - 1595), ecclésiastique français.
Son ouvrage l'Orchésographie et traité en forme de dialogue par lequel toutes personnes peuvent facilement apprendre et pratiquer l'honnête exercice des danses , est souvent utilisé pour l'étude de la reconstitution des danses de la Renaissance.
Grâce à ses différents traités, on peut facilement comparer et voir l'évolution de la danse au cours des siècles.

L'Orchesographie - Thoinot Arbeau (1588).
Claude BALLON (1676 - 1739), danseur , chorégraphe et pédagogue français, appelé dans divers ouvrages Jean mais à tort, laissera son nom à la faculté de sauter sans effort.
Il fait l'essentiel de sa carrière d'interprète à l'Académie royale de musique sous l'autorité de Pécourt. Il se produit à Londres, participe à de nombreux spectacles données à la cour de France ou chez des particuliers (principalement chez la duchesse du Maine).
Il participe aux Opéras de Lully et Campra.
Il succédera à Beauchamp en tant que compositeur des ballets du roi (1719).
Directeur de l'Académie royale de danse, pédagogue recherché, il compte parmi ses élèves M. Sallé et son frère. Il est choisi par Louis XIV pour instruire le futur Louis XV.
Il s'affirme comme l'un des meilleurs danseurs de sa génération.
Ballon rivalise avec Michel BLONDY (v. 1675 - 1739), danseur, chorégraphe et pédagogue français, le neveux de Beauchamp.
Il fait également carrière à l'Académie royale de musique où il est souvent partenaire de Subligny. Il succède à Pécourt comme "compositeur de ballet" à l'Académie royale de musique de 1729 à 1739. Il participe aux fêtes de la duchesse du Maine et travaille chez les jésuites (1715).
Il est repris par Feuillet pour deux de ses chorégraphies pour le bal, ce qui atteste de son activité de maître à danser auprès de particuliers.
Son enseignement contribuera à la diffusion de la belle danse française.
Il aura notamment comme élève Marie-Anne Cupis de Camargo, Marie Sallé et Franz Hilverding.
Le ballet de l'Opéra sera placé sous l'autorité de :
- 1673 à 1687 : P. Beauchamps
- 1687 à 1729 : G.L. Pécourt
- 1729 à 1739 : M. Blondy
Les premières danseuses professionnelles
En 1681, Le Triomphe de l'amour met en scène le Dauphin mais aussi la Dauphine et de jeunes dames de la cour.
Lully reprend cet ouvrage, dont il a signé la musique, avec des danseuses professionnelles, requises pour l'occasion, quelques mois plus tard.
Les premières danseuses professionnelles font enfin leur apparition.
Le style français s'affine, l'accent est mis sur le placement et la coordination des mouvements, recherchant l'harmonie et l'équilibre (les italiens par contre sont plus attirés par la virtuosité).
Fraincine et Dumont, tous deux directeurs à l'Opéra, recrutent dans les familles pauvres garçons et filles âgés de neuf à treize ans.
Le ballet français tient alors la première place qui lui revient de droit. Partout en Europe, on s'arrache les maîtres à danser et danseurs français. Ils se produisent partout et imposent les bases de la danse classique internationale.
Les femmes sont entravées dans leurs lourdes robes, ce qui limite indéniablement leurs mouvements de jambes. Les hommes portent des tonnelets au-dessus du genou, ils peuvent donc montrer une technique plus spectaculaire. Elles portent des chaussures usuelles à talon. C'est une des explications du fait d'avoir ouvert les pointes des pieds vers l'extérieur, en dehors, afin d'obtenir un meilleur équilibre.
Balerines de légende
Des femmes mémorables font leur apparition sur les planches. Parmi-elles :
Melle de LAFONTAINE (v. 1655 - 1738), première des premières danseuses française de l'époque. Elle débute sur la scène à l'Académie royale de musique à Paris lors de la reprise du Triomphe de l'Amour en mai 1681. Sa grâce et son style noble agrémente les divertissements de opéras de Lully. Elle obtient un tel succès qu'elle est autorisée à régler elle-même ses entrées. Elle quitte la scène en 1693 pour se retirer au couvent.
Melle Marie-Thérèse Perdon de SUBLIGNY (1666 - 1736), danseuse française, partenaire des meilleurs danseurs de l'époque (comme Ballon). Elle fait carrière à l'Académie royale de musique. Elle débute en 1688 succédant à Lafontaine. Elle brille dans les opéras de Lully, Campra Destouche et Rebel.
Elle est l'une des premières danseuses professionnelles françaises à se produire à Londres.
Françoise PREVOST (v. 1680 - 1741), danseuse française, travaille sous l'autorité de Blondy à l'Académie royale de musique dès 1699.
Interprète très expressive et excellente technicienne, elle dépasse rapidement Subligny pour s'imposer comme vedette féminine de la compagnie. Elle est également partenaire de Ballon.
Elle se fait remarquer dans Horace (1714) lors d'une fête chez la duchesse du Maine et en 1715 elle fait des Caractères de la danse ("pantomime" dansé) fort apprécié.
Selon Rameau "dans une seule de ses danses sont renfermées toutes les règles qu'après de longues méditations nous ne pourrions donner sur notre art, et elle les mets en pratique avec tant de grâce, tant de justesse, tant de légèreté, tant de précision qu'elle peut être regardée comme un prodige dans ce genre".
Elle sera éclipsée par le talent de ses jeunes élèves Marie Sallé et Marie-Anne Cupis de Camargo.En 1713, le roi impose un règlement à l'Opéra. La troupe doit être composée de 12 hommes et 10 femmes. Ce n'est pas à parts égales mais c'est déjà mieux ! Cette proportion se maintiendra jusqu'au milieu du XIXe siècle.
Le Ballet de l'Opéra de Paris, fondé sous le nom d'Académie royale de musique, est à l'origine une entreprise privée pour laquelle le roi consent un privilège d'exploitation.
LE BALLET D'ACTION
Le déclin du ballet de cour
Peu à peu le ballet de cour, art de parade devient un art d'apparat. Essentiellement fondé sur des conventions, il est figé dans ses procédés.
Dans le Ballet du temple de la paix (qui célèbre l'inauguration des remparts de Dunkerque) on retrouve : 24 violons, les fifres, les hautbois, les trompettes de l'armée, 700 tambours et 80 pièces de canon.
Le ballet de cour ne survit plus que sporadiquement, à l'occasion de la naissance d'un dauphin ou d'une victoire militaire.
La naissance du ballet d'action
Vers le milieu du XVIIIe siècle, sous LOUIS XV le Bien-Aimé (1710 - 1774), neveu de Louis XIV, le ballet est très critiqué.
Rémond de Saint-Mard dit "il y a dans nos ballets une certaine uniformité qui me lasse et m'ennuie. Nos danses sont presque toutes dessinées les unes comme les autres" (Réflexions sur l'opéra, 1741).
Jean-Jacques Rousseau (1712 - 1778) écrivain philosophe de langue française, condamne ceux qui "non contents d'introduire la danse, se sont même efforcés d'en faire quelquefois le sujet principal, et ils ont des opéras appelés ballets qui remplissent si mal leur titre que la danse n'y est pas moins déplacée que dans les autres arts" (La Nouvelle Héloïse, 2e partie, lettre 23, 1761).
A l'époque deux genres principaux se partagent le public : la "tragédie lyrique" (de Lully à Gluck) et l' "opéra-ballet".
Dans l'opéra-ballet la danse occupe une plus grande place que dans la tragédie lyrique de Lully. Il se compose d'une succession de tableaux reliés par un fil conducteur assez lâche au point qu'il est possible de prendre des parties pour les remettre dans un autre ballet de même nature, de rajouter certaines entrées, ... l'intrigue y est un prétexte.
Les titres des ballets reflètes bien l'esprit de l'opéra-ballet : Les Fêtes vénitiennes (1710), Les Amours de Vénus (1712), Les Caprices de l'Amour (1747); un art de plaisirs, de fête, d'amours cherchant à captiver le regard, mais aussi un art soumis au caprices des vedettes, chanteurs et danseurs.
Cahusac : "S'il y a huit danseurs ou danseuses à l'Opéra qui soient en droit d'avoir chacun deux entrées particulières (celle ou celui qui se trouve au sommet de la hiérarchie devant paraître en dernier), il faut imaginer seize entrées - actions séparées qui se lient ou se rapportent à l'action principale - et supposer encore que les huit sujets se prêteraient à les exécuter".
Chaque danseur cultive ses préférences et demande à paraître à son avantage dans les entrées, en les "ajustant toujours à sa mode et sans aucune relation directe ou indirecte au plan général qu'il ignore et qu'il ne s'embarrasse pas de connaître".
La danse est réduite à une fonction purement décorative.
LES COSTUMES N'Y ECHAPPENT PAS :
Goldoni : "Le masque fait beaucoup de tort à l'action de l'acteur, soit dans la joie, soit dans le chagrin, qu'il soit amoureux, farouche ou plaisant, c'est toujours le même cuir qui se montre, et il a beau gesticuler, et changer de ton, il ne fera jamais connaître par les traits du visage, qui sont les interprètes du coeur, les différentes passions dont son âme est agitée".
Noverre : "Défaites-vous de ces perruques énormes, et de ces coiffures gigantesques, qui font perdre à la tête les justes proportions qu'elle doit avoir avec le corps; secouez l'usage de ces paniers raides et guindés qui privent l'exécution de ses charmes, qui défigurent l'élégance des attitudes, et qui effacent la beauté des contours que le buste doit avoir dans ses différentes positions".
Ménestrier écrit en 1682 : "c'est par les expressions que les ballets se distinguent des autres danses qui ne sont que simples portements du corps ajustés en cadence et au son des instruments".
Pour les troupes itinérantes de la "commedia dell'arte" les expressions sont, depuis déjà bien longtemps, appelées à raconter une histoire et à traduire les mouvements de l'âme. Outre la danse et l'acrobatie, ces troupes excellent dans la "pantomime".
Mais c'est l'anglais John WEAVER (1693? - apr.1753), maître à danser, théoricien et chorégraphe, qui le premier va donner vie au ballet d'action.
Pour lui, "tout à la fois danseur, chorégraphe, professeur et théoricien de la danse, le ballet est assujetti à l'imitation de la nature. Sans recours au verbe, les gestes et les mouvements suffisent à exprimer une manière d'être, des actions et des passions. Le corps parlant des pieds à la tête, ainsi que Grecs et Romains l'avaient compris".
La danse que préconise Weaver dans ces ballets, à commencer par The Loves of Mars and Venus (1717) est l'héritière de la pantomime antique.
Il ajoute au ballet de cour des éléments pantomime propres au théâtre anglais qui rendent chant et déclamation obsolètes.
Il publiera plusieurs ouvrages, tels que Essay Towards and History of Dancing (1712).
Dans Anatomical and Mechanical Lectures Upon Dancing (1721), il cherche à fonder rationnellement l'enseignement de la danse sur une analyse du mouvement du corps. Il y décrit le squelette et les muscles et aboutit aux Rules (règles) de la danse (il codifie par exemple les équilibres, les bras d'opposition ainsi que des pas les plus simples comme coupé, jeté, contretemps, ...).
Dans The History of the Mimes and Pantomimes (1728) il cite en exemple la pantomime noble et expressive des anciens.
Dans The Loves of Mars and Venus, "le grand Dupré", Louis DUPRE (1690-1774), danseur, chorégraphe et pédagogue français , incarne Mars.
Probablement formé à l'Académie royale de musique, il paraît dans des rôles d'enfants (sous le nom de "petit Dupré") de 1701 à 1706. Soliste dès 1719, il se produit à Londres, Dresde, à la cour de Pologne, et revient à l'Académie royale de musique en 1730.
Il sera surnommé "le grand Dupré" pour le distinguer de Jean Denis Dupré qui lui danse dans le corps de ballet. Il est le premier à être gratifié du titre flatteur de "dieu de la Danse" et s'impose comme danseur noble par excellence. Il formera de nombreux artistes comme Camargo, Noverre, Vestris, Gardel et Hus.
Les idées de Weaver se retrouvent chez Louis de CAHUSAC (1706 - 1759), poète dramatique et lyrique, théoricien de la danse et de l'opéra français.
Collaborateur de l'Encyclopédie, il consacre à la danse son plus important ouvrage : la Danse ancienne et moderne ou Traité historique de la danse (1754).
Selon lui : "Dans l'état où est la danse de nos jours, les danseurs et les compositeurs de ballets même ne connaissent, n'ambitionnent, ne cultivent que la partie mécanique de l'art. Elle semble suffire en effet aux désirs des spectateurs auxquels ils ont intérêt de plaire" .
LES DANSEUSES SONT SUR SCENE :
Louis XV ne dansant pas, le ballet de cour n'a plus de raison d'être.
Les artistes de profession, formés à l'Académie, remplacent sur scène, les nobles amateurs qui avaient brillés sur scène.
Les danseuses se mettent à rivaliser avec les hommes et commencent à dominer la scène.
Vers 1730, deux danseuses exceptionnelles vont contribuer au développement du ballet :
Marie SALLE (v.1707 - 1756) danseuse et chorégraphe française surnommée "la Vestale" en raison de la pureté de ses moeurs; elle est gracieuse, émouvante et très expressive.
Elle danse à Londres dans Pygmalion, un ballet de sa composition, où elle apparaît "sans paniers, sans corps de jupe, les cheveux épars et sans ornement : elle était vêtue d'une simple robe de mousseline drapée à la manière des statues grecques".
Une figure noble, une belle taille, une grâce parfaite, une danse expressive et voluptueuse; sans gambades ni sauts (elle n'a jamais fait un entrechat ni une pirouette).
Son style contraste avec celui de Marie-Anne Cupis de CAMARGO (1710 - 1770) danseuse française d'origine belge, excellente technicienne, elle réalise des prouesses habituellement réservées aux hommes (divers sauts complexes cabrioles, entrechats, ...).
Elle surprend par sa vivacité et sa rapidité tout en restant légère et gracieuse mais elle est aussi célèbre pour sa jupe courte qui révélait ses chevilles et permettait de voir son jeu de jambes. Les jupes courtes vont triompher mais, comme l'exigera le règlement de police, à condition d'être portées avec des "caleçons de protection", qui semblent être à l'origine de ce qui sera plus tard le justeaucorps.
Elle était fort gaie sur scène mais fort triste à la ville. A sa mort, elle fut regrettée par ses amis et voisins, comme un modèle de charité, de modestie et de bonne conduite.
Voltaire ne savait choisir : "Ah, Camargo, que vous êtes brillante ! Mais que Sallé grands dieux, est ravissante ! Que vos pas sont legers et que les siens sont doux ! Elle est inimitable et vous êtes nouvelle : Les Nymphes sautent comme vous Mais les Grâces dansent comme elle".
Les autres villes européennes ouvrirent également des opéras et des compagnies de ballet qui forment leurs propres danseurs.
Londres, Copenhague, Moscou, Saint-Petersbourg, au XVIIIe siècle une grande mobilité caractérise l'activité des danseurs.
Catherine II ouvre une ère nouvelle au ballet. La tsarine, qui imagine elle-même des spectacles, protège la danse en Russie. Elle met en place les structures que demande le développement des arts de la scène et fait appel à des chorégraphes de renom tels que Hilferding (autrichien, disciple de), Angiolini (italien) et Le Picq (français).
Tout comme les rois français, les tsars et les tsarines vont contribuer au développement du ballet.
NOVERRE LE REVOLUTIONNAIRE
J.G. Noverre (Bibl. de France, Paris) Jean-Georges NOVERRE (1727-1810), danseur, chorégraphe, maître de ballet et théoricien français.
Formé par Dupré, il fait ses débuts à l'Opéra-Comique de Paris, puis danse devant la cour.
Il se produit ensuite un peu partout en Province et à Berlin.
Maître de ballet à Marseille et à Strasbourg, il compose sa première oeuvre les Fêtes chinoises (1754).
Sa carrière de danseur est interrompue par une blessure mais sa renommée de maître de ballet est déjà faite; il travaille alors à Londres, Lyon, Stuttgart et à Vienne.
En 1760 il écrit Lettres sur la danse et sur les ballets . Il traite tous les aspects de la danse de son temps, avec des critiques sévères adréssées surtout à la situation à l'Opéra de Paris.
Les idées de Weaver et Cahusac se retrouvent chez Noverre.
Pour lui le ballet devait être "un art organisé et non un divertissement bavard et confus".
Il veut une réforme complète du ballet qui sombre dans la facilité et demande que la "danse mécanique ou d'exécution" soit remplacée par la "danse pantomime ou d'action".
Pour commencer, il veut supprimer les masques et libérer le corps des danseurs des costumes traditionnels. "Les faunes étaient sans tonnelets, et les nymphes, Vénus et les Grâces sans paniers (...)". "Je ne voudrai plus de ces tonnelles raides ... Je diminuerai de trois quarts les paniers ridicules de nos danseuses".
La France s'y refuse (l'Opéra est peu favorable aux inovations) mais à l'étranger l'accueil est favorable (Berlin l'adopte directement, tout comme le Kings Theatre de Londres).
Il recherche une façon rationnelle de représenter la nature. Sa danse est fondée sur la pantomime expressive et les scènes d'action.
Quant il revient à Paris, il donne enfin ses premiers ballets de "danse d'action". La pantomime y donne un sens à l'intrigue et l'oeil se réjouit du décor et des costumes.
Il va alors de capitales en capitales, recherché par tous les grands de ce monde.
Il travaille avec Gluck, dont il est l'ami, et Wolfgang Amadeus MOZART (1756 - 1791), compositeur autrichien, avec qui il crée les Petits Riens .
Les Petits Riens , seule partition de Mozart spécifiquement destinée au ballet. Elle sera dansée par la Guimard et Dauberval.
Parmis les oeuvres de Noverre : Admète et Alceste , Orphée et Eurydice , Le Bassin de Neptune puis Médée et Jason (1763) où il culmine.
Dans ce ballet tragique de Noverre, on voit bien les attitudes des danseurs qui nous parlent.
Il écrit : "Lorsque les passions sont violentes, elles éclatent avec fracas, elles embrassent l'acteur. C'est alors qu'un mouvement tonique frappe et ébranle à la fois toutes les parties de son corps. Ce coup électrique de l'âme donne au pantomime une expression d'autant plus forte que ses gestes, ses regards et ses attitudes agissent de concert et partent tous à la fois" (Lettres sur la danse).
Ivo Cramer, chorégraphe et historien suédois, remonte en 1992 la tragédie pantomime de Noverre Médée et Jason ,, à la demande du ballet du Rhin.
Il remet en scène, au terme de recherches minutieuses, la vengeance de Médée qui empoisonne sa rivale et poignarde ses propres fils sous les yeux de Jason.
Démons, dragons ... la féérie baroque y est magnifiquement reconstituée.
Franz HILFERDING (1710 - 1768), danseur, maître de ballet et chorégraphe autrichien, étudie à Paris avec Blondy et devient danseur de la cour impériale de Vienne. Il est maître de ballet au Théâtre impérial de Saint Pétersbourg puis revient à Vienne.
Il puise chez Racine ( Britanicus ), chez Voltaire ( Alzire ) et chez Crébillon ( Idoménée ) pour monter à son tour des spectacles tragiques. Il compose plus de deux cents oeuvres.
Il ne laisse aucun écrit, ceux de son élève Gasparo Angiolini sont la principale source documentaire concernant son oeuvre. Ses conceptions exactes restent inconnues mais il peut être considéré comme un des fondateurs de ce que l'on appelle à l'époque "ballet en action". Il est l'auteur probable de l'un des premiers ballets consacrè à Don Quichotte (1753).
Il instaure deux nouveautés : un engagement de tout le corps dans la danse et une asymétrie dans la mise en scène.
Pour Gaspero ANGIOLINI (1731 - 1803), danseur, chorégraphe, pédagogue et compositeur italien, successeur de Hilferding à Vienne, il convient "que le pantomime puisse exprimer toutes les passions et tous les mouvements de l'âme", "Il faut qu'il soit lui-même fortement affecté de tout ce qu'il veut représenter qu'il éprouve enfin et qu'il fasse sentir aux spectateurs ces frémissements intérieurs, qui font le langage avec lequel l'horreur, la pitié, la terreur parlent au-dedans de nous et nous secourent au point de pâlir, de soupirer, de tressaillir et de verser des larmes".
Il publie une Dissertation dans laquelle il s'en prend à ce qu'il considère comme :
"une décadence du ballet, ravalé au rang de l'art de faire des entrechats et des gambades, de sauter ou courir en cadence, ou tout au plus de porter le corps ou de marcher avec grâce, et sans perdre l'équilibre, d'avoir les bras moelleux et des attitudes pittoresques et élégantes". Il plaide en faveur d'un "danseur pantomime qui puisse exprimer toutes les passions et tous les mouvements de l'âme".
Il exprime, tout comme Noverre, le désir de donner une unité à la danse, à la pantomime et à la musique.
Avec Christoph Willibald GLUCK (1714 - 1787), compositeur allemand, Angiolini développe une fructueuse collaboration. Ils signent Don Juan (1761), Orphée et Eurydice (1762), Semiramis (1765).
Selon les termes d'Angiolini : "un discours parfaitement enchaîné, une espèce de déclamation faite pour les yeux dont on rendrait la compréhension plus aisée aux spectateurs au moyen de la musique".
La vision de Gluck suppose une collaboration plus étroite entre le compositeur et le chorégraphe.
Noverre travaille également avec Gluck à Vienne.
Il signe avec lui ses oeuvres les plus importantes : Psyché et l'Amour, Médée et Jason, Orphée et Eurydice, Adèle de Ponthieu, Agamemnon vengé, Apelles et Campapse et les Horaces et les Curiaces, dont nombre d'entre elles sont reprises ou copiées dans l'Europe entière.
Il s'insurge contre les conventions musicales suivies par les compositeurs qui : "font des passe-pieds, parce que Melle Prévost les courait avec élégance; des musettes parce que Melle Sallé et M. Dumoulin les dansaient avec autant de grâce que de volupté; des tambourins, parce que c'était le genre où Melle Camargo excellait; des chaconnes enfin et des passacailles, parce que le célèbre dupré s'était fixé à ces mouvements. De même que le geste, la musique doit s'accorder "avec la pensée et les mouvements de l'âme".
Il est pour l'unité du ton et condamne la tendance de certains de ses confrères à "mêler sans distinction le sérieux avec le comique, le noble avec le trivial et le galant avec le burlesque".
La paternité de se genre, combinant action dramatique et pantomime, développé par Angiolini et Noverre, sera l'objet de conflits entre ces derniers, dès 1761.
Noverre la revendique à lui seul, tandis qu' Angiolini l'attribue à son maître dans sa Lettere di Gasparo Angiolini a Monsieur Noverre (1773), rédigée après la mort d'Hilverding.
Dans ses Lettres, Noverre tend, en effet, à s'attribuer le mérite des innovations en cours. Weaver, Sallé, de Hesse, Hilferding et Angiolini ont eux aussi lutté contre la "danse mécanique ou d'exécution" au profit du spectacle "pantomime ou en action", c'est-à-dire doté d'un moteur dramatique. Noverre va toutefois plus loin que ces prédécesseurs, il formule les conditions d'une véritable réforme.
"... une étude que je regarde comme absolument nécessaire à la danse, c'est celle de l'anatomie dans ce qu'elle a de relatif à cet art. La connaissance de cette anatomie simple purgerait à l'avenir le théâtre d'une foule d'impotents et d'incurables qui ne doivent leur état défectueux qu'à l'ignorance des maîtres; ...
"Pour donner des leçons utiles, il faut savoir connaître son élève, chaque écolier demande des principes différents : ce qui convient à l'un ne convient pas à l'autre, ce qui redresse celui-ci estropie celui-là".
Pour lui il est "indispensablement necéssaire que les danseurs partagent leur temps et leurs études entre l'esprit et le corps et que tout les deux soient ensemble l'objet de leurs réflexions; ..."
"Et vous, jeunes gens, qui voulez faire des ballets, et qui croyez que, pour y réussir, il ne s'agit que d'avoir figuré deux ans sous un homme de talent, commencez par en avoir ! Sans feu, sans esprit, sans imagination, sans goût et sans connaissances, osez-vous vous flatter d'être peintres ? Vous voulez composer d'après l'histoire, et vous l'ignorez ! d'après les poètes, et vous ne les connaissez pas ! appliquez-vous à les étudier".
Antoine Bandeiri de LAVAL (1698 - 1767), danseur chorégraphe et pédagogue français, neveu par alliance et élève de Ballon. Partenaire de Blondy, Camargo et Sallé avec qui il interprête les Caractères de danse. Ecellent danseur noble, il sera eclipsé par son rival G. Vestris.
Jean Barthélemy LANY (1718 - 1786), danseur chorégraphe et pédagogue français. D'une carrure plutôt épaisse, il est bon technicien et excelle dans le genre aimable "la précision, la gaieté et la belle formation des enchaînements".
Noverre le considère comme un chorégraphe médiocre et sans grande imagination, excepté dans les ballets qu'il règle pour lui-même. Il forme M. Gardel et sa soeur Louise Madeleine Lany qui fait une brillante carrière à l'Académie royale de musique (de 1748 à 1766).
Vincenzo GALEOTTI (1733 - 1816), danseur, chorégraphe et maître de ballet italien.
Elève à la fois de G. Angiolini et de Noverre, selon ses dire, il danse un peu partout en Europe, puis travaille comme maître de ballet à Venise (1770 - 1775). Il prend la direction du ballet royal danois (1775) où il reste jusqu'à la fin de sa vie, continuant à prendre des rôles de mime jusqu'à ce qu'il soit anoblit en 1812 (à 67 ans, il interprète encore le moine Lorenzo dans Roméo et Juliette).
Il réorganise le Ballet et l'Ecole et contribue à améliorer considérablement le niveau des danseurs. C'est lui qui introduit le ballet d'action au Danemark, qui ne connaissait jusqu'alors que des divertissements dansés, il remonte quelques ballets d'Angiolini et crée plus de cinquante oeuvres.
Il est l'un des premiers à s'inspirer de William SHAKESPEARE (1564 - 1616), poète dramatique anglais.
Il s'inspire de Roméo et Juliette et également de Macbeth .
Roméo et Juliette, drame en cinq actes, inspiré de nouvelles de la Renaissance italienne sera la source de nombreuses oeuvres chorégraphiques.
Très apprécié pour son habileté à créer une harmonie entre les solistes et le corps de
de ballet, Gaelotti recherche l'équilibre idéal entre danse et pantomime.
A sa mort, c'est A. Bournonville qui lui succède à la tête du Ballet royal.
Antoine BOURNOUVILLE (1760 - 1843), danseur et maître à danser danois d'origine française.
Elève de Noverre, il travaille comme premier danseur à la cour de Suède à Stockholm puis rejoint le Ballet royal danois comme danseur invité et s'installe finalement à Copenhague, s'affirmant comme l'un des interprète les plus élégants de la compagnie.
Il succède à Galeotti au poste de maître de ballet (1816 - 1823), ne témoignant toute fois que d'un modeste talent de chorégraphe par rapport à son fils August.
Noverre devient membre de l'Académie royale de danse en 1777 et maître de ballet à l'Académie royale de musique de 1776 à 1781. Il succède à :1739 - 1748 : A. Laval - 1748 - 1768 : J.-B. Lany - 1770 - 1775 : G. Vestris.
LES ETOILES NEES AU 18e SIECLE
De nombreuses "étoiles" naissent au XVIIIe siècle.
"La Guimard", Marie Madeleine GUIMARD (1743 - 1816), danseuse française, excelle dans les ouvrages de Noverre.
Première danseuse à la Comédie-Française à Paris, elle rejoint l'Académie royale de musique en 1762. Elle fait une brillante carrière jusqu'en 1789.
Elle jouit d'une influence considérable grâce à de puissants protecteurs. Incarnation type de ce que l'on appelle "la ballerine scandaleuse", elle se fait entretenir et dispose de revenus tels qu'elle se fait construire un hôtel particulier, dénommé le Temple de Terpsichore, avec une salle de spectacle pour 500 personnes.
On peut lire dans un rapport de 1783 au ministre de la maison du Roi : "Elle a l'air encore très jeune au théâtre, si elle n'a pas une grande exécution pour la danse, elle a en récompense beaucoup de grâce, elle est très bonne pour les ballets d'action et de pantomime, elle a beaucoup de zèle, et travaille beaucoup, mais elle est d'une dépense immense pour l'Opéra, où ses volontés sont suivies avec autant de respect que si elle en était directrice. A son exemple, les autres danseuses exigent des habits et des renouvellements fort chers. Melle Guimard ayant su qu'il avait été accordé un traitement particulier de 4800 francs au sieur Vestris, a exigé la même chose; il lui a été accordé en faveur de ses anciens services".
Elle agrémente les divertissements des opéras de Rameau et Gluck mais donne toute sa mesure dans les ouvrages de Noverre ( Médée et Jason 1776, les Horaces et les Cuiraces 1777, les Petits Riens 1778) puis M. Gardel ( le Chercheuse d'esprit et Ninette à la cour 1778, le Premier Navigateur en 1785 et le Deserteur 1786).
Marie ALLARD (1742 - 1802), danseuse française, femme de Gaëtan Vestris, dansait avec une vivacité surprenante.
Elle est également danseuse à la comédie-Française puis à l'Académie royale de musique dès 1761 où elle fait ses débuts dans Zaïs de Rameau..
Petite et vive, elle fait merveille dans les danses gaies (gavotte, loure, rigaudon, tambourin).
Elle est selon Noverre : "une danseuse parfaite, excellente pantomime, composant elle même ses entrées avec goût sans le secours des maîtres [...], elle a toujours fixé les applaudissements les plus mérités".
Elle s'illustre dans ses ballets ( Médée et Jason, les Petits Riens ) ainsi que dans ceux de M. Gardel.
Ayant pris de l'embonpoint, elle est éclipsée par ses rivales la Guimard et Heinel et arrête sa carrière en 1781.
Anne HEINEL (1753 - 1708), danseuse allemande, élève de Noverre danse à Stuttgart et à Vienne avant de débuter à l'Académie royale de musique en 1767. Elle fait l'essentiel de sa carrière à Paris mais danse aussi au King's Theatre de Londres.
Elle triomphe dans les ballets de Noverre ( Apelles et Compaspe 1776, Médée et Jason 1776, les Horaces 1777) et de Gardel. Elle est réputée pour ses pirouettes multiples.Elève du grand Dupré, il est promu "danseur seul" et suscite l'intérêt des chorégraphes qui se régalent de lui régler des rôles sur mesure (Campra, Lully, Rameau ou Mouret).
Gaëtan VESTRIS (1729 - 1808), danseur, professeur et maître à danser français d'origine italienne, n'hésite pas à proclamer qu' "en Europe, il n'y a que trois grands hommes : moi, Voltaire et le roi de Prusse".
Elève du grand Dupré, il est promu "danseur seul" et suscite l'intérêt des chorégraphes qui se régalent de lui régler des rôles sur mesure (Campra, Lully, Rameau ou Mouret).
De son union avec Marie Allard naît un enfant prodigieusement doué ...
Auguste VESTRIS (1760 - 1842) danseur et pédagogue français.
Après avoir connu les tonnelets rigides, Auguste Vestris, qui prolonge sa carrière jusqu'à cinquante-six ans, porte à son tour la tunique néo-classique.
Il héritera du nom de "dieu de la danse".
Noverre dit à propos de lui : "Je vais vous montrer M. Vestris le fils : il est sous tous les rapports, le premier danseur de l'Opéra et de l'Europe. Tant qu'il aura la faculté de se mouvoir, il sera le modèle inimitable de son art" (Lettres sur la danse).
Les Vestris surent profiter des leçons de Noverre pour faire ressortir leur immense talent de grâce, d'aisance et d'intelligence.
On imagine difficilement le degré de célébrité atteint par des artistes comme la Guimard ou comme les Vestris. "Stars" avant la lettre, ils se permettent d'invraisemblables caprices.
L'unanimité que suscitent leurs apparitions en scène leur fait perdre toute retenue.
Jean DAUBERVAL (1742 - 1806), danseur, chorégraphe et pédagogue français, est formé à l'Académie royale de musique. Il se produit à Bordeaux, Lyon (où il travaille avec Noverre) et Turin avant de débuter à l'Académie royale de musique. Il rejoint Noverre à Stuttgart puis à Londres mais fait la plus grande partie de sa carrière à l'Académie.
Il excelle dans les danses allègres et est fort aprécié de Noverre qui le juge doté d'esprit, de goût et d'intelligence.
Partenaire de Lany, Allard et Guimard, il paraît dans de nombreux divertissements d'opéras (dont ceux de Rameau et Gluck) et participe à la création de ballets pantomime de M. Gardel (l a Chercheuse d'esprit , 1777) et Noverre ( les Petits Riens , 1778).
Il est maître de ballet conjointement avec M. Gardel en 1781 mais démissionne deux ans plus tard, faute de na pas s'entendre avec celui-ci. Il est engagé comme maître de ballet au King's Theatre de Londres puis au Grand Théâtre de Bordeaux.
Plutôt que d'éblouir les spectateurs, il cherche à toucher leur coeur. Habile à caractériser les personnages, il mêle danse et pantomime et exige de ses interprètes une technique solide alliée à des dons expressifs variés.
Maximilien GARDEL (1741 - 1787), danseur, pédagogue, chorégraphe et maître à danser français, fait ses débuts à l'Opéra de Paris en 1759.
Soliste en 1764, il subit la rivalité de G. Vestris dont il partage les rôles de danseur noble. Pour éviter la confusion avec celui-ci, il sera le premier à enlever son masque en 1772 dans la reprise de Castor et Polux de Rameau.
Il commence son apprentissage de maître de ballet comme assistant au côté de Vestris, fonction qu'il partage avec Dauberval, avant de succéder seul à Noverre en 1781.
Il est très regretté par les danseurs de l'Opéra lors de sa mort prématurée en 1787 et c'est son frère Pierre GARDEL (1758 - 1840) danseur, pédagogue, chorégraphe et maître à danser français, qui lui succède. Elève de son frère à l'Opéra il doit abréger sa carrière pour des problèmes de santé.
Propulsé maître de ballet à la mort de son frère, il sera assisté pendant quarante ans par L.J. MILON.
Professeur très apprécié, chorégraphe heureux, il est d'un caractère distant et autoritaire, il sait se faire respecter de tous et impose une discipline.
Le Ballet de l'Opéra connait alors l'un des plus brillants moments de son histoire. Gardel tente de maintenir la tradition tout en introduisant des nouveautés.
Il est l'un des plus important chorégraphe de son temps. Il met du temps à composer ses oeuvres et commande lui-même la musique aux compositeurs.
Il se plie aux exigences politiques et règle des fêtes révolutionnaires ainsi que des oeuvres à la gloire du régime en place (la fête de Mars, 1809).
S'il est bien un art où rien n'est jamais acquis, c'est bien celui de la danse. Auguste Vestris doit alors compter avec un rival, le jeune Louis-Antoine DUPORT (1783 - 1853) qui est de vingt ans son cadet. Danseur et chorégraphe français, il commence se carrière en 1800 sur les Boulevards, à l'Ambigu-Comique, puis rejoint l'Opéra de Paris, où il danse trois ballets dont il signe aussi la chorégraphie. Sa danse brillante en fait le rival de A. Vestris et son talent de chorégraphe, celui de P. Gardel.
Il reste surtout célèbre en tant qu'interprète. Noverre résume ainsi son talent : " Sa gaîté, sa légèreté, le brillant de sa danse et sa pantomime animée ont enchanté le public ". Les puristes lui reprochent cependant de cultiver une virtuosité "à l'italienne" qui ne serait pas toujours de bon goût.
Dans un poème, J. Berchoux décrit la chute d'A. Vestris aux pieds de son cadet, le jeune Duport :
"Triste et dernier effort d'un génie expirant !
Sa jambe dans les airs fait un faux mouvement
Son corps avec la vitesse entraîné par sa masse
comme un roc détaché vient rouler sur place".
Malgré le talent de Duport, ses sautes d'humeur et ses exigences démesurées, le conduit à rompre unilatéralement le contrat qui le lie à l'Opéra de Paris.
Il danse alors à Vienne, Saint-Petersbourg, Moscou. Il devient directeur de théâtre à Naples et s'installe ensuite à Vienne où il est professeur et directeur de théâtre.
Duport parti, Vestris retrouve la place centrale qui était la sienne.
Les trois styles
Auguste Vestris tourne comme une toupie et son "ballon" est peu commun. C'est un danseur de demi-caractère, à la différence de son père Gaëtan dont Noverre dit qu'il représentait "le modèle le plus parfait" du genre noble. A l'Opéra de Paris, les danseurs sont classés selon trois "genres". Ils ne peuvent en sortir (sauf autorisation du directeur).
En 1817, les maîtres de ballet Pierre Gardel et Louis Milon précisent cette catégorisation :
"LA DANSE NOBLE exige une taille élevée, bien proportionnée et surtout une physionomie noble. Son genre embrasse tous les airs connus sous les noms suivants : la sarabande, la passacaille, l'adagio à 3 et 4 temps, le menuet noble et généralement tous les grands caractères tels que faunes, tartares, polonais, furies, etc.
LA DANSE DEMI-CARACTERE exige une taille moyenne, svelte, gracieuse, et une physionomie agréable. Son domaine renferme la romance, la sicilienne, la musette galante, le menuet gracieux, l'andante et généralement tous les caractères de zéphyrs, sylphes, troubadours, bergers.
LA DANSE COMIQUE exige une taille peu élevée, plus forte que fine; une physionomie enjouée, riante et vive; voici quel doit être son apanage : la musette champêtre et montagnarde, le menuet de genre et comique et grotesque et généralement tous les airs de pâtre, contre-danses françaises, allemandes et les caractères comiques ou de genre, tels que le chinois, le lapon."
La danse pantomime
Jusque là, la danse était muette; désormais, le geste servira à dire "ce que rien ne peut exprimer". En opposition à la danse mécanique ou d'exécution, ce geste sera le fondement de la danse pantomime en action.
"La première ne parle qu'aux yeux, et les charme par la symétrie de ses mouvements, par le brillant des pas et la variété des temps, par l'élévation du corps, l'aplomb, la fermeté, l'élégance des attitudes, la noblesse des positions. Ceci n'offre que la partie matérielle.
La seconde est l'âme de la première; elle lui donne la vie et l'expression, et, en séduisant l'oeil, elle captive le coeur et l'entraîne aux plus vives émotions. Voilà ce qui constitue l'art".
L'introduction du sentiment dans la danse s'accompagne d'une simplification de celle-ci : "Plus les pas seront simples, et plus il sera facile de leur associer de l'expression et des grâces". Est-ce pour cela qu'il faille renoncer à la virtuosité ? Non ! "Ce ne serait point m'entendre que de penser que je cherche à abolir tous les pas difficiles et brillants et toutes les positions élégantes de la danse, mais il convient de les refuser lorsqu'ils ne participent pas à l'action".
Pour Noverre, "les grands hommes ne doivent créer que de grandes choses". Le tragique est plus convenable à l'expression de cette "grandeur", et, par conséquent, plus apte à fournir des sujets de ballets.
Pour certains, Noverre devra se défendre d'avoir cherché à réduire la danse à une simple et "vulgaire" pantomime. Il se défend en disant "la quantité d'élèves que j'ai formés à ce genre prouve suffisamment que j'ai partagé mes études entre la grâce du métier et les charmes de l'expression". En effet il est fier de la danse de son temps et de constater que les danseurs possèdent "des jambes et une exécution que leurs prédécesseurs n'avaient point".
Le "demi-échec" de Noverre, réformateur venu trop tôt dans un siècle de grands succès, a une
heureuse conséquence. Les capitales étrangères accueillent les artistes, les encouragent et font fructifier leurs idées. La danse française n'est plus reine absolue, et les Italiens, quelle que soit leur formation, reprennent une assurance qu'ils avaient perdue au siècle de Louis XIV. A saint-Pétersbourg, Français et Italiens se rencontrent, s'affrontent, se marient parfois. On ne sait plus au juste d'où vient le style mais un point se dégage : les Italiens montrent un goût marqué pour la vigueur et l'acrobatie.
Pendant que Noverre écrit : "Moi-même, monsieur, je ne suis plus aujourd'hui considéré comme un vieux radoteur incommode; cependant, on s'attache à m'imiter, mais, hélas, de quelle manière!".
L'héritage de Noverre
Sous l'action conjuguée de Hilverding, de Noverre et d'Angiolini, l'Europe s'enflamme rapidement pour le ballet d'action.
Dauberval, que Noverre nomme "l'apôtre zélé de ma doctrine", développe un style léger, qui caractérise bientôt la tendance française du ballet d'action.
Noverre retourne à Londres où il achève sa carrière en 1794. Ruiné par la Révolution, il finit ses jours en partageant son temps entre l'écriture et ses visites à l'Opéra de Paris, où il suit avec intérêt l'évolution de la danse et du ballet.
Avec Pierre Gardel, le ballet traverse victorieusement l'époque révolutionnaire, qui prône de grands spectacles populaires patriotiques et héroïques (en même temps qu'une référence constante à l'Antiquité romaine). Gardel reste fidèle à l'exemple de Noverre. Son plus grand mérite est de maintenir l'enseignement au plus fort de la tourmente et d'assurer un développement du style et de la technique qui ouvrent la voie au ballet romantique.
Des interprètes comme comme Duport qui "a sauté à pieds joints par-dessus les règles", Beaupré et le célèbre Paul sont les représentants d'une école nouvelle qui est également favorisée par l'abandon des chaussures à talons et la libération des corps par les costumes plus légers. La retraite de la Guimard, qui désapprouve "la coutume actuelle consistant à lever le pied jusqu'à la hauteur de la hanche", marque une étape dans cette évolution.
La présence des plus grands danseurs de l'époque, tels que Gaëtan puis Auguste Vestris, Gardel et la Guimard, est là pour donner raison à ceux qui ont soutenu Noverre. Au moment où il intervient, la danse dans l'opéra-ballet est le complément du chant. L'introduction du pantomime, langage suffisamment éloquent en soi, lui donne enfin son autonomie en substituant les scènes mimées aux épisodes chantés. Désormais, il devient possible de composer des ballets avec le seul concours de la musique instrumentale.
Outre Pierre Gardel et l'omniprésent Vestris, la continuité de l'école de danse est assurée par l'excellent J-F. Deshaye et, à partir de 1807, par Jean-François COULON (1764 - 1836), danseur et l'un des meilleurs professeurs de son époque, dans le studio duquel semble s'être élaborée la technique des "pointes".
Charles Louis DIDELOT (1767 - 1837), danseur chorégraphe et pédagogue français, né à Stockholm, de parents danseurs débute à Bordeaux. Il travaille avec Dauberval à Paris, gagne Londres pour rejoindre Noverre puis revient à Paris où il danse pendant quatre ans, à nouveau Londres, Paris et enfin Saint-Petersbourg où il va créer l'essentiel de son oeuvre. Son ballet Flore et Zéphire, où il introduit des "portés", est promu au rang des "classiques" dès sa création en 1796.
Didelot poursuit activement la réforme du costume prônée par Noverre. Tuniques grecques et Sous l'action conjuguée de Hilverding, de Noverre et d'Angiolini, l'Europe s'enflamme rapidement pour le ballet d'action.
Dauberval, que Noverre nomme "l'apôtre zélé de ma doctrine", développe un style léger, qui caractérise bientôt la tendance française du ballet d'action.
Noverre retourne à Londres où il achève sa carrière en 1794. Ruiné par la Révolution, il finit ses jours en partageant son temps entre l'écriture et ses visites à l'Opéra de Paris, où il suit avec intérêt l'évolution de la danse et du ballet.
Avec Pierre Gardel, le ballet traverse victorieusement l'époque révolutionnaire, qui prône de grands spectacles populaires patriotiques et héroïques (en même temps qu'une référence constante à l'Antiquité romaine). Gardel reste fidèle à l'exemple de Noverre. Son plus grand mérite est de maintenir l'enseignement au plus fort de la tourmente et d'assurer un développement du style et de la technique qui ouvrent la voie au ballet romantique.
Des interprètes comme comme Duport qui "a sauté à pieds joints par-dessus les règles", Beaupré et le célèbre Paul sont les représentants d'une école nouvelle qui est également favorisée par l'abandon des chaussures à talons et la libération des corps par les costumes plus légers. La retraite de la Guimard, qui désapprouve "la coutume actuelle consistant à lever le pied jusqu'à la hauteur de la hanche", marque une étape dans cette évolution.
La présence des plus grands danseurs de l'époque, tels que Gaëtan puis Auguste Vestris, Gardel et la Guimard, est là pour donner raison à ceux qui ont soutenu Noverre. Au moment où il intervient, la danse dans l'opéra-ballet est le complément du chant. L'introduction du pantomime, langage suffisamment éloquent en soi, lui donne enfin son autonomie en substituant les scènes mimées aux épisodes chantés. Désormais, il devient possible de composer des ballets avec le seul concours de la musique instrumentale.
Outre Pierre Gardel et l'omniprésent Vestris, la continuité de l'école de danse est assurée par l'excellent J-F. Deshaye et, à partir de 1807, par Jean-François COULON (1764 - 1836), danseur et l'un des meilleurs professeurs de son époque, dans le studio duquel semble s'être élaborée la technique des "pointes".
Charles Louis DIDELOT (1767 - 1837), danseur chorégraphe et pédagogue français, né à Stockholm, de parents danseurs débute à Bordeaux. Il travaille avec Dauberval à Paris, gagne Londres pour rejoindre Noverre puis revient à Paris où il danse pendant quatre ans, à nouveau Londres, Paris et enfin Saint-Petersbourg où il va créer l'essentiel de son oeuvre. Son ballet Flore et Zéphire, où il introduit des "portés", est promu au rang des "classiques" dès sa création en 1796.
Didelot poursuit activement la réforme du costume prônée par Noverre. Tuniques grecques et chaussures sans talon apparaissent sur la scène. Dans Bacchus et Ariane, Didelot adopte un maillot couleur chair; une fine peau de tigre sur ses épaules, et des feuilles de vignes ornent sa chevelure. Pour l'Opéra Corysande, où il danse un sylphe vêtu de gaze, sa partenaire Mlle Chévigny est également habillée à la grecque.
Cet épurement de la ligne, cette souplesse des matériaux vont accélérer le développement de la technique du ballet, en particulier les pas-de-deux.
Didelot obtient de larges pouvoirs en Russie, il va jusqu'à restructurer l'école impériale; école dont sortira son disciple Adam Glouchkovsky, futur maître de ballet du Bolchoï.
John DURANG (1768 - 1822), danseur et chorégraphe américain, que l'on considère comme le premier danseur américain célèbre, est lui aussi d'origine française. Il se fait remarquer dans des ballets pantomimes qu'il interprète aussi bien dans les cirques que dans les théâtres. C'est grâce à des artistes comme lui et grâce à sa nombreuse descendance - trois garçons et trois filles qui tous deviendrons danseurs - que le ballet va finir par prendre pied aux Etats-Unis. Grâce encore aux nombreuses tournées venues de l'étranger, de France et de l'Italie en particulier.
Au même moment, c'est en Italie et à Vienne, dans l'oeuvre de Salvatore VIGANO (1769 - 1821), danseur, chorégraphe et compositeur italien, que se retrouve le plus nettement l'héritage de Noverre.
La famille de Vigano est exclusivement composée de danseurs; lorsqu'il naquit on décida d'emblée qu'il danserait. Il fait ses débuts à Rome dans un rôle de travesti, puis danse à Venise et en Espagne. C'est au cours de ce voyage qu'il rencontra Dauberval et, autre rencontre importante, sa femme, la belle danseuse autrichienne Mayer dite Maria Medina.
A Venise, Vigano monte Raoul (1791), puis la Fille mal gardée , de Dauberval (1792), et, à Vienne, il présente Richard Coeur de Lion , d'après Sedaine et Grétry (1793).

Vigano et sa femme dansant à Vienne se font plus que des partisans, c'est du fanatisme !
"Dans le soit disant pas de deux roses, Maria Medina avait sur le collant de couleur chair rien que deux ou trois jupes de crêpe, l'une plus courte que l'autre, et liées toutes à la taille par une ceinture sombre. Cette ceinture était le seul vêtement, car le crêpe ne couvrait rien. Dans la danse, les jupes se levaient, flottaient, laissant voir au public le corps de la danseuse couvert du maillot couleur chair, imitant la peau, la faisant paraître complètement nue".
Carolina Pichler, dans son livre Événements de ma vie, conclut : "La sensation que provoqua cette femme et les ballets que son mari créait pour elle étaient énormes. C'était le point culminant de l'art ancien et du nouveau goût".
Le couple parcoure l'Europe centrale et revient ensuite à Vienne jusqu'en 1803, date à laquelle Maria Medina disparaît de la vie de Vigano.
De retour en Italie, après avoir hésité entre la pantomime de Noverre et la virtuosité de la danse pure, Vigano affine son concept du "choréodrame", variante du ballet d'action.
Il s'attache à bien dessiner les personnages mais il accorde aussi une fonction expressive au corps de
ballet qui habituellement est confiné dans des évolutions purement décoratives.
"Chacun doit pouvoir tout comprendre", affirme-t-il, "sans l'étude préalable et sans recourir ni à l'argument ni aux commentaires".
Vigano tourne une page de l'histoire du ballet, celle des Noverre, Gardel, Dauberval et Didelot.
Il annonce simultanément la révolution à venir. Comme l'écrit Stendhal dans Rome, Naples et Florence : "Noverre, à ce qu'on dit, avait donné la volupté; Vigano a avancé l'expression dans tous les genres. L'instinct de son art lui a même fait découvrir le vrai génie du ballet, le romantique par excellence".
Il est le promoteur d'un ballet-pantomime de style héroïque et grandiose.
Authentique tragédien et poète de la scène, il sait s'entourer de collaborateurs de grande classe.
Il s'adresse pour ses musiques à de nombreux compositeurs comme :
- Ludwig van BEETHOVEN (1770 - 1820), compositeur allemand, il écrit seulement deux musiques de ballet,
- Georg Friedrich HAENDEL (1685 - 1759), compositeur anglais d'origine allemande, qui, confronté à la présence de Farinelli dans une troupe concurente, profite de M. Sallé pour tenter d'attirer le public.
- Ou encore Gioacchino ROSSINI (1792 - 1868), compositeur italien, il n'écrit pas de musique spécifique pour les ballets sauf quelques divertissements dansés qui apparaissent dans ceratines de ses oeuvres composées ou adaptée pour l'Opéra de Paris comme : le Siège de corinthe (1826, P. Gardel), Moïse et Pharaon (1827, P. Gardel) et Guillaume Tell (1829, J-P. Aumer, dont la tyrolienne est dansé par M. Taglioni).
Parmi ses oeuvres : Créatures et Prométhée (1801) avec la collaboration de Beethoven, coriolan (1804), La Révolte de Strelitz (1809), Les Hussites (1815), Dédale (1818), La Vestale , Otello (1818), Les Titans (1819).
Après la mort de vigano, ses disciples, Gaetano Gioïa, Francesco Clerico, Giovanni Galzerani, ou Giulio Vigano, son frère, parviennent difficilement à poursuivre son oeuvre. Une fois de plus, le ballet apparaît comme une création attachée plus à la personnalité d'un créateur d'exception qu'à la permanence d'une école.
(historique extrait du site: www.ladanse.be)
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